Après plusieurs décennies de destruction de notre espace commun, le bilan est assez médiocre sur l’aménagement du Lavandou "formaté" par les adeptes du tourisme de masse.
Le PLU, successeur du POS, a été révisé tant de fois que la mémoire du lavandourain a effacé le sens de la réalité, acceptant de bétonner à tout va, creusant un port artificiel, canalisant le Ligure de son flux naturel, traçant des plages, convertissant la moindre parcelle en résidences superficielles, goudronnant des routes nouvelles et ouvrant des parkings...
À bien y contempler les rares cartes postales d'autrefois, l'évolution urbaine est sévère à remettre en cause.
Pour l’argent, le Lavandou a cédé aux sirènes du tourisme à coups de clapiers, de réaménagement de son littoral, oubliant son histoire… dont le sinistre du 22 mai 2025 à Cavalière, parmi d'autres, lui rappellera brutalement les limites à ne pas franchir avec la nature.
C’est que depuis son indépendance d’avec Bormes (1913), le Lavandou n’a rien inventé d’autre que son sable qu’il a commencé par vendre aux fortifications, arsenaux et urbanisme de Toulon, puis à en faire un argument de récupération avec l’arrivée du chemin de fer et des congés payés de la Belle Époque.
Poussée par cette manne inépuisable, l’économie locale s’est laissée piéger par la facilité et la rivalité de ses voisines communes, fermant les yeux sur 4 mois de désagrément et 8 mois de relâche.
En 2026, de toute évidence, son port n’a plus rien d’international; ses spécialités culinaires ne dépassent pas la malbouffe; le théâtre de Verdure oublie sa vocation; les animations frisent le patronage; le petit port de pêche n’est qu’un lointain conte de fées d’un certain Francis Marmier (1927-2025).
Sans baleines, ni dauphins, comment notre Cité a-t-elle pu renier ses origines, faire autant de contresens, réécrire son histoire à la fantaisie des maires successifs, dont le dernier aurait dû gagner le Grand Prix de Rome en 30 ans de bétonite ?
La seule explication est que nous sommes tous passifs et complices d’un système où l’argent fait loi avec un brassage de passe-droits, de réseaux, de blingbling et de porosité mafieuse… dont seuls quelques initiés ont le secret d’accumulation.
Re…panser le Lavandou c’est remettre la nature au centre de notre vie villageoise, laisser le recul des côtes faire son mouvement naturel (sans croire au miracle de février 2025), changer notre façon de bâtir, rénover les vieux bâtiments, réinventer nos accès au village, bannir le macadam, réduire la place des voitures, rétablir une âme provençale, redonner l’espace aux piétons, rendre plus accessible nos 12 km de côtes publiques…
Ne sommes-nous pas suffisamment des citoyens responsables pour défendre ce que nous a donné la nature : la mer, le climat, l’environnement, la lumière (vantée par les artistes), le magnifique arrière-pays méconnu…
A quoi nous sert de lorgner au-delà des 6.500 habitants sans un mode d’emploi partagé du mieux vivre-ensemble ? Que laisserons-nous du Lavandou à nos enfants après tant d'erreurs ?
"L'empreinte d'un homme sur un autre est éternelle, aucun destin n'a traversé le nôtre impunément" *
Patrick Richard
- François Mauriac, écrivain français (1885-1970), Prix Nobel de littérature en 1952.
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