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De manière paradoxale, la collectivité ne considère plus ses racines comme importantes. Ainsi, les hommes politiques effacent l'art, la musique, la sculpture, l'écriture, la nature, la mémoire... Ils ignorent ou réinventent l'histoire au profit de leur gloire éphémère.

Le réveil collectif de ceux qui ont contribué au rayonnement du Lavandou, s’oppose à l'effacement inévitable du temps, avec l’aide des rares archives et publications confidentielles.

C’est le cas de DORIE Marius, Émilien, Ernest, né le 26 février 1887 à Jard (Vendée), mort le 7 avril 1982 au Lavandou (Var) ; pharmacien ; militant socialiste SFIO* ; humaniste, maire du Lavandou (1945-1955 et 1959-1971) ; conseiller général (1945-1971).

Fils d’un peintre en bâtiment et d’une institutrice publique, d’opinions radicales modérées, Marius Dorie reçut les premiers baptêmes catholiques. Il fit ses études secondaires à Luçon (Vendée) et obtint le baccalauréat en 1904. Il poursuit des études de pharmacie à Paris (1909-1912) et effectue son service militaire à La Flèche (Sarthe) dans le service de santé (1909-1910).

Dès 1908 il adhère à la cinquième section de la SFIO participant à la renaissance du groupe des étudiants collectivistes. Partisan des analyses de Jaurès. Il avait été chef de laboratoire dans un hôpital parisien.

Mobilisé en 1914, il le resta pendant toute la durée de la guerre.

Puis Marius Dorie exerça comme pharmacien à Luçon, à La Roche-Posay (Vienne), à Vincennes (Seine) et s’installa au Lavandou en 1933.

Membre actif de la SFIO* il se montre favorable aux analyses de Blum en 1920, mais n’eut aucune activité politique entre les deux guerres.

Par conviction, Marius Dorie n'a donné aucune éducation catholique à sa fille, après s'être marié civilement à Casablanca (Maroc) en décembre 1917 et remarié à Luçon (Vendée) en juillet 1925. Fervent partisan de la liberté de pensée et avait des sympathies envers les membres de la section socialiste. Après avoir été recherché et menacé d'arrestation par Vichy en 1942, il quitte le Var l'année suivante et participe au ravitaillement du maquis du Bocage vendéen en tant que résistant, très impliqué dans le Comité local de Libération du Lavandou.
Après avoir été élu conseiller municipal à la fin d'avril 1945, il est nommé maire du Lavandou (2011 habitants) le 19 mai 1945 en tant que membre du directoire départemental du MLN (Mouvement de la Libération Nationale), succédant au bref maire (1944-45) Armand Bertora, expert-comptable.  

En 1945, au conseil général du Var, Victor Mathieu, ancien conseiller d'arrondissement et candidat dans le canton de Collobrières, fait valoir son ancienneté au SFIO mais écarte la candidature du jeune adhérent. Cependant, Marius Dorie fut choisi comme candidat de la SFIO. Le sortant Victor Mathieu maintint alors sa candidature en tant que socialiste indépendant. Mais avec 1164 voix sur 2919 inscrits, Marius Dorie sera élu au deuxième tour avec 153 voix d’avance sur Mathieu le 30 septembre 1945.
Membre de la commission des travaux publics, bâtiments départementaux et de la vicinalité (dont il était le secrétaire) et de la commission de l’hydraulique (dont il était aussi le secrétaire), Marius Dorie fait aussi partie des commissions des œuvres de Sécurité sociale, des HBM
(Habitations à Bon Marché) et des sinistrés, des affaires économiques et du ravitaillement. Il était aussi membre du comité de surveillance de la santé, de la commission de l’inspection médicale des écoles, du syndicat des communes du littoral varois et de la commission interdépartementale de l’hydraulique.
Le 7 octobre 1951, Marius Dorie obtenant 803 voix sur 3058 électeurs inscrits, fut élu à la suite du retrait des deux candidats de droite, au deuxième tour, avec 1321 voix. Il est nommé alors vice-président du conseil général et préside la commission des travaux publics, des bâtiments départementaux et de la vicinalité. Il occupa également le poste de secrétaire. de la commission de l’hydraulique, il était membre des commissions du tourisme (qu’il présida), de la reconstruction, de l’inspection médicale des écoles, de protection des sites, du conseil de surveillance de la santé, du syndicat des communes du littoral varois. Il a aussi été le président de l'association des communes forestières. À partir de 1953, Marius Dorie quitte la deuxième commission (travaux) pour rejoindre la commission des finances. En 1955, il occupe de nouveau le poste de vice-président. Réélu conseiller général en 1957 et en 1963, Marius Dorie présida la commission départementale à partir de 1957. Toujours membre des commissions des finances, de l’hydraulique, des lotissements défectueux, de contrôle des travaux du barrage de Malpasset, il représentait le conseil général à la caisse départementale des prêts, aux commissions d’aide sociale (suppléant), d’inspection médicale des écoles, de protection des sites et au comité du service départemental d’hygiène sociale. Il était en outre le seul représentant à la Fédération des syndicats d’initiative de la Côte-d’Azur et de la Corse.

Quand Joseph Risterucci démissionna de son poste de président du conseil général, Marius Dorie, au nom de « nos amis », lui écrit le 19 novembre 1946 pour lui demander de revenir sur sa décision.
À partir de 1967, il assure a présidence de toutes les séances de rentrée, en tant que doyen d'âge. En 1970, il décide de ne pas se représenter en tant que membre de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate) prenant position en faveur de la réponse positive au référendum, en tant que membre du comité fédéral de la SFIO.
Lors du congrès fédéral, le 7 septembre 1958, il mentionne dans son discours, selon la presse, que « le NON ouvre la porte aux pires aventures ».

Marius Dorie, qui occupait les postes de maire du Lavandou et vice-président du syndicat intercommunal d'adduction d'eau de la région Est-varoise, quitte ses fonctions le 22 août 1955 car une crise secoue la majorité du conseil municipal, suite à l'autorisation accordée à un cafetier pour créer une terrasse qui empiète sur un terrain communal. On l’accusa alors d’autoritarisme. Au premier tour, le 11 septembre 1955, il ne se représente pas, et louis Ravello conduit la « liste républicaine d’intérêt local » comprenant les édiles sortants qui n’avaient pas l’investiture officielle de la fédération socialiste SFIO.

Malgré sa non-candidature aux municipales le 11 septembre 1955, il obtient quand même 202 voix. Aussi constitua-t-il une « liste d'entente cordiale pour la prospérité du Lavandou » à la demande d'amis socialistes; mais d'autres socialistes se trouvaient sur la liste qui l'emporta autour de Paul Daydé. Marius Dorie n’obtint que 372 voix sur 1413 inscrits. La presse rapporte que les électeurs communistes ont choisi la liste de Paul Daydé, qui devient maire de 1955 à 1959.
Mais, en 1959, Marius Dorie est de retour en tant que maire du Lavandou. Il le restera jusqu'en 1971.
Il ne se représentera pas, non plus, au Conseil général. C’est Louis Ravello, au deuxième tour, le 15 mars 1970 qui, avec 1821 voix, deviendra conseiller général du canton de Collobrières (deuxième commission, travaux publics, bâtiments départementaux et vicinalité) de 1976 à 1982.

Dans sa biographie datant de 1957 à la fédération SFIO, Marius Dorie indiqua qu’il était le vice-président du conseil régional de l’Ordre des pharmaciens, membre du conseil central de la Pharmacie française, président de la société de pharmacie de Marseille. En tant qu'auteur de nombreux livres, il était aussi membre de l'Académie du Var.

Le Lavandou doit à Marius Dorie (membre du Rotary, franc-maçon du G.O. comme la plupart des dirigeants du SFIO, épicurien, grand voyageur…) le blason de la commune et de quelques ouvrages littéraires, dont  « Lettres du Japon - Voyage aux Indes », paru en 1964, dont l'un des derniers exemplaires dédicacé a été vendu aux enchères à Drouot en 2010 à Paris.

Marius Dorie repose depuis 1982 au cimetière du Lavandou dans l’indifférence - comme tant d’autres - de ses contemporains.
Mais « Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile »**

Cercle d'études Reyer
Pascal Docquenies

* SFIO Section française de l'Internationale ouvrière de 1905 à 1969 et qui deviendra le Parti socialiste
**Thucydide, historien grec du Vème siècle avant notre ère (env. 460-395)

NB : remerciements à Marmier, Le Maitron, Archives du Var, Société d'Histoire de la Pharmacie, ANACR Var, Persée, Académie du Var, Mouvements unis de la Résistance (MUR), Cevipof...
Appel aux amis contributeurs : malgré nos recherches il manque une photo de Marius Dorie et certainement d'autres informations.

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